La mémoire d’une maison

Une maison, des vies, une mémoire à partager.

L’histoire de Sainte-Lucie se découvre à travers les personnes et les traces qui la traversent. Les récits retrouvés donnent de l’épaisseur aux lieux, en gardant visibles les questions encore ouvertes.

Entrer dans le récit

I · Rambervillers, octobre 1870

Lucy, avant Sainte-Lucie.

En octobre 1870, Lucy Velin est encore adolescente. Elle vit avec son jeune frère et leur grand-père dans la maison familiale de la rue Saint-Pierre, à Rambervillers. Le général von Werder y prend ses quartiers après les combats du 9 octobre.

Dans un article consacré à Lucy, l’historien Étienne Hochart raconte ses démarches auprès du général pour faire cesser les exécutions et obtenir la grâce de prisonniers. Il rapporte aussi sa contribution à la somme exigée de la ville. Cette intervention appartient à sa jeunesse, bien avant les premières pages de Sainte-Lucie.

Le 15 juin 1874, selon le même auteur, Lucy épouse Alfred de Bollemont. La ville aurait alors fleuri son passage en souvenir de son courage. Avant de devenir un nom associé à la demeure, Lucy avait ainsi laissé une trace dans la mémoire de Rambervillers.

Deux lions encadrent le blason sculpté et la devise Vis Unita Fit Fortior.
Détail actuel de la maison, pas un portrait de Lucy.
Sources et repères de ce chapitre

Récit d’Étienne Hochart (2016). L’épisode se déroule au 1, rue Saint-Pierre, et non au château. Le titre de l’article donne seize ans ; le discours ancien qu’il cite en donne quinze. Nous retenons ici « adolescente » dans l’attente du contrôle de l’état civil.

II · Les origines de Sainte-Lucie

Une demeure à la fin du XIXe siècle.

L’histoire de Sainte-Lucie rejoint celle de Lucy et d’Alfred de Bollemont dans les dernières décennies du XIXe siècle. Étienne Hochart attribue sa construction à Alfred. Une notice biographique ancienne présente celui-ci, sous le nom de Charles Alfred Chonet de Bollemont, comme avocat à la cour d’appel de Nancy.

L’année exacte reste à préciser : l’article de Hochart indique 1886 ; la transcription d’une notice parue en 1897 donne 1887. Les recherches sur les actes et le cadastre se poursuivent. Les cartes postales anciennes permettent déjà de reconnaître la silhouette de la demeure, ses hautes toitures, ses balustrades et le mouvement de son escalier.

La tradition transmise avec la maison voit dans son nom un hommage à Lucy. Nous en conservons le souvenir, tout en cherchant les documents qui permettraient d’en connaître précisément l’origine.

Le château et son parc arboré vus depuis le bassin du jardin, sous un ciel clair couvert.
Photographie du château ou de ses détails actuels.
Sources et repères de ce chapitre

La date de 1876, auparavant transmise comme origine du château, n’est pas retenue comme une année établie. Les mentions de 1886 et de 1887 doivent encore être rapprochées des archives de construction. La notice de 1897 est connue ici par sa transcription, non par la lecture de son fac-similé.

III · Ce que porte un nom

La lumière, comme un fil.

Sainte-Lucie. Un nom qui accompagne naturellement la lumière du lieu. Le récit familial y lit un hommage à Lucy et propose aussi un rapprochement avec sainte Lucie de Syracuse et une parente prénommée Félicité Lucie. L’origine exacte de cette dédicace reste à retrouver ; cette lecture est celle qui nous a été transmise.

La lumière est aussi devenue notre manière de raconter la maison. Elle effleure les reliefs du perron, entre dans le hall, s’attarde sur les boiseries. À la nuit tombée, les fenêtres éclairées donnent à la façade une présence plus intime. On distingue moins un monument qu’une maison où une vie se poursuit.

C’est cette sensation que nous souhaitons partager : arriver dans un lieu de caractère et y trouver une chaleur familière. Le privilège de Sainte-Lucie tient aussi à cela, à cette rencontre entre la grandeur du décor et la simplicité d’une présence.

Le perron du château avec ses guirlandes lumineuses, un soir de fête.
Photographie actuelle du lieu.
Sources et repères de ce chapitre

L’hommage contenu dans le nom relève du récit familial transmis. La lumière est aussi un fil éditorial contemporain de la maison ; elle ne constitue pas une preuve de la dédicace historique.

IV · La pierre, le bois, les proportions

L’élégance des détails.

Les cartes postales anciennes donnent à voir une silhouette que l’on reconnaît immédiatement : des volumes élevés, de hautes toitures, deux avancées carrées qui encadrent la façade, et cet escalier de pierre qui conduit au perron. Le balcon, les balustrades et les ouvertures dessinent une architecture de représentation, mais aussi une façon très personnelle d’habiter.

À l’intérieur, le regard change d’échelle. Il s’arrête sur les motifs du sol, le rythme des poutres, les boiseries, les cheminées. La richesse du lieu se découvre dans le dessin d’un encadrement ou la patine d’une surface, dans ce qui demande quelques instants d’attention. Les photographies actuelles permettent déjà d’en saisir le caractère.

Préserver Sainte-Lucie, c’est prendre soin de cette présence. Le projet d’accueil cherche à lui associer le confort d’un séjour d’aujourd’hui, en laissant aux matières et aux volumes leur place. Une demeure ancienne se révèle progressivement ; nous aimerions que l’on puisse y éprouver ce plaisir rare de regarder sans se presser.

Le hall du château, ses poutres, ses boiseries et son sol à motifs minéraux.
Photographie du château ou de ses détails actuels.
Sources et repères de ce chapitre

Description fondée sur les vues anciennes et les photographies du lieu.

V · Une mémoire intime

Un prénom dans la pierre.

Parmi les traces conservées au château, une petite pierre ornée de feuilles de lierre porte ces mots : « M.C. Jean de Bollemont ». Deux dates y sont gravées : 7 mars 1876 et 30 août 1877. À elles seules, elles disent la brièveté d’une vie.

La synthèse familiale relie cette pierre à Maurice Charles Jean, fils de Charles Alfred et de Marie Lucy, disparu à dix-sept mois. Ce fragment de mémoire rappelle que l’histoire des familles associées à une grande maison est aussi faite de vies fragiles et de souvenirs conservés.

Nous souhaitons lui garder sa juste place, avec retenue. Le lierre sculpté, le prénom et les dates suffisent. Ils ramènent le regard vers les personnes et donnent à la transmission de leur mémoire une dimension profondément humaine.

Sources et repères de ce chapitre

L’inscription est lisible sur la photographie. La filiation est rapportée par la synthèse familiale ; les actes cités restent à rapprocher des originaux. Les dates de cette pierre ne datent pas la construction du château.

VI · Les familles, au fil du siècle

Des noms qui se répondent.

Au cimetière de Rambervillers, le fronton d’une crypte réunit deux noms : « Familles Élie Velin et de Bollemont ». L’inscription forme un autre point d’ancrage dans le récit. Elle rend visible le lien entre les familles associées à Sainte-Lucie.

Hochart situe la mort de Lucy au 3 novembre 1904. Il indique qu’une de ses nièces, fille de Maurice Velin, a vécu à Sainte-Lucie avec son époux André Boucher. Les actes de propriété permettront de préciser les étapes de cette transmission familiale.

Une carte ancienne, un nom reconnu, un souvenir confié : c’est par ces rapprochements que l’histoire reprend de l’épaisseur. Son caractère tient aussi à ce qui est resté, à ces détails préservés qui relient des générations ne s’étant jamais rencontrées.

Sources et repères de ce chapitre

Hochart (2016) décrit une résidence familiale et un mariage en 1908. Il ne donne pas un acte ni une date certaine de transfert de la propriété.

VII · Août-septembre 1914

Le château dans les combats.

À la fin d’août 1914, les combats atteignent les abords de Rambervillers. L’étude de Marie-Claude Ferry, fondée sur les journaux de marche du 50e bataillon de chasseurs à pied et du 92e régiment d’infanterie, décrit le château et son parc mis en défense les 26 et 27 août. Des soldats y bivouaquent ; le 28 août, Sainte-Lucie subit un bombardement.

Une photographie publiée avec cette étude montre un groupe d’infanterie devant le perron. Le même escalier permet aujourd’hui de mesurer la proximité de cette histoire. L’autrice situe le retour du château aux civils au 10 septembre 1914.

Cette page du passé mérite une lecture attentive. Le parc et la demeure ont été des lieux de passage, mais aussi d’exposition aux combats. Nous en gardons la mémoire à travers les documents et leurs auteurs.

Le perron du château avec ses guirlandes lumineuses, un soir de fête.
Photographie actuelle du lieu, illustration sans datation militaire.
Sources et repères de ce chapitre

Marie-Claude Ferry (2014), citant les journaux de marche. Nous avons lu son article ; les feuillets militaires originaux restent à consulter. L’appartenance au 92e RI des soldats photographiés dans la revue est donnée avec un point d’interrogation. Le témoignage de Christian Chevalier, cité dans le dossier familial de 2023, demeure une source distincte.

VIII · Sainte-Lucie, 1941–1945

Le drapeau préservé.

Un autre récit relie Sainte-Lucie à une chaîne de confiance pendant la Seconde Guerre mondiale. Le 20 juin 1940, le drapeau du 3e régiment d’infanterie coloniale est enfoui à Bouzanville. Les indications permettant de le retrouver passent du lieutenant Seveau à l’abbé Vicassiau, puis à Henri Boucher, prisonnier au Stalag IV-B.

Un dossier rassemblé par Étienne Hochart, d’après Louis Dartigues, raconte comment les parents d’Henri, André Boucher et son épouse, récupèrent ensuite l’emblème. Séché et remis en état, il est conservé à Sainte-Lucie de 1941 à 1945, malgré la présence de troupes allemandes dans la maison.

Le 27 mars 1945, André Boucher remet le drapeau au général de Lattre de Tassigny à Dommartin-les-Remiremont. Cette histoire donne au château une place précise dans un itinéraire de sauvegarde. Elle rappelle surtout les personnes qui ont transmis une information, recherché l’objet et veillé sur lui.

Sources et repères de ce chapitre

Dossier Étienne Hochart (2013), reproduisant un extrait de Louis Dartigues (1971). La légende de la revue identifie expressément Sainte-Lucie comme lieu de conservation en 1941–1945. Bouzanville est le lieu de la cache initiale ; Dommartin-les-Remiremont celui de la remise. L’emplacement actuel du drapeau n’a pas été vérifié.

IX · Une énigme à hauteur de regard

Ce que les blasons nous laissent deviner.

Au-dessus du perron, deux lions encadrent un écu sculpté. Un ruban porte la devise « Vis Unita Fit Fortior », que l’on peut rendre par « La force unie devient plus forte ». Ce détail est devenu un signe de reconnaissance de Sainte-Lucie. Il accueille le regard avant même que l’on franchisse la porte.

La synthèse historique décrit un autre décor héraldique, sur une cheminée, accompagné de « Honi soit qui mal y pense ». Cette devise appartient à l’ordre britannique de la Jarretière. Le rapprochement a nourri une interrogation sur les objets et les personnes ayant traversé le château.

Qui a choisi ces décors ? À quelle époque ont-ils rejoint la maison ? Leur présence ouvre une enquête ; elle ne suffit pas à établir qu’une famille britannique ou un personnage royal aurait vécu ici. L’énigme tient précisément dans cette distance entre ce que l’on voit et ce que l’on ignore encore.

Prendre le temps de relever les yeux, suivre une sculpture, reconnaître un motif : découvrir Sainte-Lucie commence aussi par ces curiosités. Les objets gardent leur beauté, même lorsqu’ils n’ont pas livré toute leur histoire.

Deux lions encadrent le blason sculpté et la devise Vis Unita Fit Fortior.
Photographie du château ou de ses détails actuels.
Sources et repères de ce chapitre

Inscriptions observées et interprétations distinguées. Les articles nouvellement réunis ne documentent pas l’origine de ces décors.

X · La maison, aujourd’hui

Une nouvelle histoire à partager.

Aujourd’hui, Sainte-Lucie est une maison habitée et restaurée avec le désir de faire durer son caractère. Le projet d’accueil prolonge cette vie du lieu : partager sa beauté et donner à sa mémoire une nouvelle place.

La recherche historique se poursuit. Les documents rapportés du Musée de la Terre et les récits confiés à la famille permettent d’enrichir ce que nous partageons, en gardant visibles les questions encore ouvertes.

L’ouverture est prévue au printemps 2027. Les réservations ne sont pas encore ouvertes ; les prochaines étapes sont partagées sur Instagram.

Un grand arbre en feuilles dans le parc de Sainte-Lucie.
Photographie actuelle du lieu.
Sources et repères de ce chapitre

Récit contemporain des propriétaires ; annonce de printemps 2027 confirmée pour la communication.

Pour approfondir

Les sources du récit

Les articles cités ont été lus dans le dossier du Musée de la Terre. Les archives originales citées par leurs auteurs ne sont pas toutes consultées directement ; aucune nouvelle preuve historique n’est revendiquée.

  1. Étienne Hochart · Lucy Velin

    « Une jeune fille de 16 ans pendant les combats d’octobre 1870 à Rambervillers », Au Bord de la Mortagne, n° 55, juillet 2016, p. 53–54.

    Article lu ; les actes civils, le discours de 1908 et les ouvrages qu’il cite restent à rapprocher des originaux.

  2. Marie-Claude Ferry · Sainte-Lucie en 1914

    « Le château Sainte-Lucie en août-septembre 1914 », Au Bord de la Mortagne, n° 53, juillet 2014, p. 24–25.

    Article lu, fondé notamment sur les journaux de marche du 50e BCP et du 92e RI. Les feuillets des JMO n’ont pas été consultés directement dans cette recherche.

  3. Étienne Hochart · Le drapeau du 3e RIC

    Documents rassemblés, « L’odyssée du drapeau du 3ème R.I.C. », Au Bord de la Mortagne, n° 52, juillet 2013, p. 58–59.

    Article lu, reproduisant un texte de Louis Dartigues, Des Coloniaux au combat, 1971. L’ouvrage original, les lettres et le dépôt de 1945 restent à consulter.

  4. Notice biographique de 1897 · Charles Alfred Chonet de Bollemont

    Dictionnaire biographique des Vosges, Henri Jouve, 1897 ; notice retranscrite sur ecriVOSGES.

    Transcription consultée : elle donne 1887 pour la construction. Le fac-similé de la notice reste à vérifier.

    Consulter la source
  5. Les traces photographiées

    Pierre de M.C. Jean de Bollemont, crypte des familles Élie Velin et de Bollemont, blason du perron, vues anciennes et photographies du château.

    Les inscriptions observées sont distinguées des filiations, datations et interprétations qui restent à documenter.

  6. La mémoire familiale et le récit contemporain

    Synthèse historique transmise avec la demeure, témoignages et récit des propriétaires ; travail de Christian Chevalier cité à propos de son grand-père Louis et de 1914.

    Ces apports sont conservés avec leur contexte. Ils ne valent pas lecture directe des actes ou du journal militaire cité.

Les repères du récit

La maison
à travers le temps.

Octobre 1870

Lucy et Rambervillers

Selon Hochart, Lucy intervient auprès de Werder dans la maison familiale de la rue Saint-Pierre.

15 juin 1874

Le mariage

Hochart date de ce jour le mariage de Lucy Velin et Alfred de Bollemont.

1876–1877

La pierre de l’enfant

Dates gravées sur la pierre de M.C. Jean de Bollemont. Elles ne datent pas la construction du château.

Fin du XIXe siècle

La construction de Sainte-Lucie

Hochart indique 1886 ; la transcription de la notice Jouve donne 1887. L’année reste à préciser.

1904 et après

Les liens familiaux

Hochart situe la mort de Lucy en 1904 et décrit la résidence de sa nièce et d’André Boucher. La transmission de propriété reste à documenter.

Août-septembre 1914

Le château dans les combats

Défense, bivouacs et bombardement ; retour aux civils le 10 septembre, selon Ferry.

1941–1945

Le drapeau conservé

Le dossier Hochart situe la conservation du drapeau du 3e RIC à Sainte-Lucie.

27 mars 1945

La remise à Dommartin

André Boucher remet l’emblème à de Lattre, à Dommartin-les-Remiremont, selon le récit publié.

2022

Le chapitre familial actuel

Les propriétaires situent leur arrivée à Sainte-Lucie en 2022.

Printemps 2027

Le projet se prépare

Ouverture prévue au printemps 2027 ; les réservations ne sont pas encore ouvertes.

Un autre regard

Les traces du lieu,
en images.

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